Varsovie-Lviv-Auschwitz: une route de la foi.
Le jour de mon départ pour Lviv, Tatiana, ma passeuse, me tend son téléphone et me montre la vidéo d’un missile (ou rocket… ma connaissance en armes est réduite) qui avait survolé comme un oiseau rare la ville la veille. Es-tu certain de vouloir toujours m’accompagner? me demande-t-elle. Une sollicitude bienvenue mais qui me prêtait à sourire étant donné le chaos que j’avais déjà observé en Pologne et à la frontière, Medyka. C’était sans compter la ferme détermination qui m’animait à apporter deux valises bien pleines de produits de premières nécessités de l’autre côté de la dernière ligne européenne ainsi dessinée. Ici commence la solidarité de deux établissements scolaires d’Ile-de-France.
Les projets de Tatiana, volontaire dans une association d’aide aux réfugiés, consistaient d’abord à apporter des cartons solidaires à différents locaux de soutiens par destination. A Lviv, nous avons visité une école qui a fermé ses portes aux élèves pour mieux accueillir des enfants réfugiés. Un centre de yoga a proposé le calme d’entre ses murs à des dizaines de familles. Ne voyons d’ironie nulle part en de telles circonstances. Tatiana était ensuite chargée de récupérer une famille pour l’emmener vers la Pologne, à Przemysl. La frontière fut libératrice pour une petite fille, sa mère et leur chat. Tatiana, une guerrière. Mais on n’en parle pas. Des professeurs engagés et le personnel du centre de yoga dévoués corps et âmes. Nenni.
Alors que ce n’était pas prévu, de retour à la frontière, je récupère ma voiture de location et je pars pour Auschwitz. La musique à fond. Aucune raison particulière. Peut-être avais-je déjà entendu dire que ce pèlerinage avait valeur éducative et qu’il fallait s’y rendre pour ne pas oublier. Pour ne pas refaire. Dans le bloc 16a, devant ses planches de bois qui servaient de lit à l’époque de là, j’entends des voix. Serait-ce celle des morts? Non, c’était celle des vivants que j’avais rencontrés à Lviv. Les portes du bloc 16a sont encore ouvertes et il semblerait d’ici, que l’histoire se répète.
Ma dernière vision, sur ce chemin, sera celle des Carpates. J’y ai vu des oiseaux et même de la neige. Mon Dieu! Que ta nature est belle!
Varsovie. Dans l’urgence, le manque de place oblige le gérant de cet hôtel à trouver des solutions. L'infirmité du mobilier.
Hôtel à Varsovie. Une mère de famille dans l’attente de nouvelles de son mari parti au front.
Les polonais, qui ont payé un lourd tribu durant la seconde guerre mondiale, témoignent aujourd’hui d’une solidarité sans faille pour l’Ukraine.
L’accueil chaleureux d’un hôtel de Varsovie. Des dizaines de femmes ukrainiennes y trouvent refuge. Ici, un garage à poussettes.
Campement de fortune dans la gare de Przemysl. La frontière.
Une habitante de Przemysl, volontaire, étend ses peluches soigneusement lavées pour les apporter à la gare.
Gare de Przemyls, Pologne. Une sœur s’enquiert du moral des réfugiés. Un soutien moral primordial pour un peuple très pratiquant.
Dans l’attente de recevoir un lit, femmes et enfants patientent dans le couloir de la gare. Un temps dévolu à la recherche de nouvelles de leurs proches restés au pays. Neuf réfugiés sur 10 est une femme ou un enfant.
Pause d’un volontaire de la Caritas très présente à la frontière. Dans l’espace cossu de cette brasserie de la gare de Przemysl, ce cadre coordonne sa mission d’aide.
Dans l’attente d’un billet pour Varsovie, ces deux chiens jettent des regards effarés sur la nouvelle vie qui les attend.
Un unique sac à dos pour cet ukrainien qui cherche des informations dans un couloir de la gare.
L’égoïsme de la solidarité. Cette mère de famille rom jette son dévolu sur la marchandise destinée aux réfugiés. Après la photo, elle tentera de prendre un paquet de mouchoir sur le stand. Un chef de gare l’éconduira manu militari. Arrivée en Pologne au XIV e siècle, la population Rom est estimée au début du XXI e siècle entre 17 000 et 35 000 personnes. Ils y ont souffert des persécutions, notamment lors de l'occupation nazie au cours de laquelle un nombre très important (le chiffre exact n'est pas connu) d'entre eux a été exterminé.
Direction Lviv. Des convois militaires en direction de l’Est.
Les animaux sont aussi les victimes de cette guerre. En direction de la Pologne, ce chat apeuré accompagné de sa famille sous le regard bienveillant d’une volontaire reflèté sur le miroir du rétroviseur.
Sur l’esplanade de la gare d’Lviv, une solidarité parfois désordonnée s’est mise en place. Cette machine militaire reconvertie en chauffage et système de cuisson pour une soupe populaire.
Gare d’Lviv. Trois frères qui partent au front. L’un d’eux n’a pas 18 ans.
Gare d’Lviv. Les halls de gare sont mis à l’usage de centaines de réfugiés.
Frontière Pologne-Ukraine. Une heure de pourparlers au poste frontière pour en venir à cette conclusion. La technologie à notre service pour communiquer avec ma passeuse.
Gare d’Lviv. Les produits de première nécessité à destination des femmes et des enfants principalement.
Volodymyra Velykoho St, 55b, Lviv, Lviv Oblast, 79000 school
Une école d’Lviv qui accueille les enfants réfugiés de l’Est de l’Ukraine. Les cours se font désormais à distance pour les élèves. Non sans ironie, une des maîtresse me dira dans un anglais parfait que la crise de la Covid les ont bien préparés à cette situation.
Volodymyra Velykoho St, 55b, Lviv, Lviv Oblast, 79000 school
Après des jours d’errance depuis l’Est, dans un pays devenu sombre, cette école offre à ces enfants un brin d’espoir.
Un Américain fortuné a fait un don de 10 000 dollars à l’association. Sous le regard amusé de Mickey Mouse cette petite fille découvre les dizaines de jouets distribués à l’école.
« Je ne pensais pas avoir un jour cette lourde tâche dans cette école » me confiera les larmes aux yeux cette maîtresse. Les professeurs continuent de venir à l’école. Leur rôle a changé sous le regard ébahi de Mickey Mouse.
Oksana a perdu sa famille dans un bombardements à Donestk. Le bonheur qu’elle affichera toute cette journée contraste avec la réalité de sa vie. Elle ignore tout au moment de cette photo.
Ce petit garçon a réussi la construction de cette tour. La plupart de ces enfants ont perdu leur foyer sous les bombardements russes.
Zaliznychna St, 20, Lviv, Lviv Oblast, 79000 yoga Un volontaire ukrainien affiche fièrement son t-shirt aux couleurs de l’Ukraine. Ce 24 février 2022, sur l'île aux Serpents dans la mer Noire, un soldat ukrainien fait face à un navire russe. D'une main, il tient son fusil. De l'autre, il brandit un doigt d'honneur. Il hurle : "Navire de guerre russe, va te faire foutre !" Cet évènement fut l’un des déclencheurs d’une solidarité sans borne et une fierté nationale.
Au fond, Tatiana au téléphone qui gère les livraisons sans aucune pause.
La veille de notre arrivée à Lviv, des rockets s’étaient abattues sur la périphérie de la ville, visant des lieux stratégiques de réapprovisionnement. La habitants ne s’attardent pas dans les rues de la ville pourtant «épargnée » par la guerre.
A chaque checkpoint on se prépare à retourner d’où l’on vient. La crainte de ne pas pouvoir justifier ou légitimer sa présence.
L’objet comme symbole de l’horreur. Le souvenir de nos premiers livres d’histoire.
La politique de la disette. Des champs entiers brûlés par les forces militaires russes. Le choix est fait de ne pas s’arrêter.
Une église orthodoxe ukrainienne dont l’éclat doré du dôme contraste étrangement avec la simplicité du village. L’Ukraine est un pays très pauvre.
Les appels aux forces vives. Une loi oblige les hommes de 18 à 60 ans à s’engager dans le conflit. J’ai rencontré l’un d’eux à Varsovie, un étudiant, déserteur sans avoir jamais connu l’armée. Il a profité des 15 jours avant l’adoption du texte pour fuir. Autour d’une clope partagée devant un hôtel, « Je n’ai pas peur de mourir. J’ai simplement peur de devoir tuer. » me confiera-t-il.
Chanson pour Andriachnava
Je m’appelle Anatoliy
Je me réveille cafards sous mon lit
Depuis que l’OURS fabrique de la viande
Qu’elle fait de mon pays un no man’s land
Dans les rues de Kharviv à Lviv
Il n’y a plus un chat qui vive
La photo de mon père sur le mur de ma chambre
Pour nous défendre il ne lui reste plus qu’un membre
A Moscou les dés jetés
Ici d’un coup murs pétés
Otan en emporte le vent
Mais en vrai
Il n’y a plus de coucher ni de levant
Dans les tunnels de la ville tous les enfants se cachent,
Pendant que papa le payent cash
Dans les cours de récré de Kiev
On se réunit et prier Joseph
Mais au dessus de ta tête plane un drone
Le jouet de vladimir al capone
Nos vieux nous racontent toujours les histoires de Brastilava
Mais moi je compte les jours, car
j’ai perdu ma jolie andriachnava
Mais ou es-tu andriachnava
Ia tebia lioubliou andriachnava
C’est ça la haine, Ukraine
C’est là la haine, Ukraine
Pour que cet homme règne
Il faudra qu’il nous enchaîne
Andriachnava il faut que je t’emmène
Avant qu’il nous fasse porter les chaînes ….
Je m’appelle Andriachnava,
Dans mon village il n’y a plus rien qui va …
EG
Du bois, des pierres et du fer. Les éléments ont une bonne mémoire.
Un rougegorge dans les Carpates. Erithacus rubecula.
Selon une légende populaire, un troglodyte grimpa sur le dos d’un aigle pour voler plus haut. Mais l’aigle vola tant et tant qu’il atteignit le Soleil. Et parce qu'il s'était précipité au secours du troglodyte, un rouge-gorge vit alors son poitrail s’embraser.