Éric Gasquez, juriste de formation, est enseignant et photographe. Il vit et travaille à Paris. Né dans le delta du Rhône, il se passionne très tôt pour le dessin, la nature environnante et les sciences qu'il etudiera plus tard dans son parcours.

C’est au cours d’un workshop et la réalisation d’un court-métrage durant les Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles de 2016 qu’il décide de se consacrer plus régulièrement à la photographie. L’observation de l’environnement a inscrit peu à peu Éric dans une forme d’attente et de lenteur dans sa pratique, comme un naturaliste de l’image aime-t-il à se définir.

La contemplation est donc essentielle à sa démarche artistique. La nature omniprésente chez l’écrivain Maurice Genevoix, la caméra du réalisateur Terrence Malick ou l’objectif de Christine Spengler exercent une grande influence sur son travail. Il joue ainsi en permanence entre le vivre et le mourir, le noir et le blanc, et alterne les scènes dures et violentes avec des clichés contemplatifs exposant une nature apaisante qui coexistent avec des scènes plus chaotiques. Le bonheur serait invisible sans le malheur. “Rendons au second cette vertu de nous faire connaître et apprécier le premier”.

Ancien activiste au sein d’ONG environnementales (Greenpeace et WWF), il souhaite mettre en lumière la fragilité du milieu, faune et flore. Il attache par ailleurs une grande importance à sensibiliser les plus jeunes à cette nature, levier essentiel au respect de l'environnement et à un certain langage de l'observation. “ Je prends mes gosses, on s’en va dans le parc au milieu des charmes et des châtaigniers, et je sors ma guitare pour les faire chanter. N’en déplaise à l’Institution, il n’y a pas meilleur enseignement”’. Quelques mois de volontariat en tant que juriste au sein de la MJD (Maison de Justice et du droit) l’ont définitivement sensibilisé sur la réalité des laissés pour compte, des réfugiés et des apatrides dans « ce monde sans frein ». Le travail du photographe Josef koudelka avec les tziganes le rend admiratif du rôle essentiel dans cette sociologie du miroir photographique.

Son métier d’enseignant, de la primaire au niveau postbac, de Grigny aux « beaux » quartiers de Paris, le rend témoin quotidiennement du trou qui se creuse entre les « héritiers et les déshérités », l’incitant à s’investir davantage dans une photographie documentaire et artistique qui vise à montrer l’importance capitale des milieux géographiques et socioculturels tout en se refusant à l’inexorabilité trop souvent invoquée du déterminisme bourdieusien.

Son voyage dans une Ukraine en conflit (la lecture du Message de l’écrivaine d’origine syrano-libanaise Andrée Chédid أندريه شديد sera décisive), la visite des écoles accueillant là-bas les enfants réfugiés ainsi que les témoignages poignants des professeur(e)s dévoué(e)s participent définitivement à sa pratique militante et son désir d’informer autrement. C’est d’ailleurs à ce moment précis que son métier d’enseignant prendra, dit-il, un tout autre sens. Les meilleurs professeurs sont ceux qui savent se transformer en ponts, et qui invitent leurs élèves à les franchir, dixit Níkos Kazantzákis, auteur grec du grand Alexis Zorba. Cette expérience en zone de guerre nous invite à répondre à cette sententia d’écrivain: Oui! Et en toutes circonstances…

Il prépare actuellement un documentaire d’un mois à travers le Rwanda, L’Ouganda et la Tanzanie, et approcher au plus près les gorilles des montagnes et ainsi suivre les traces de la primatologue Dian Fossey, qu’il n’a cessée d’admirer depuis sa plus tendre enfance.

D.L