Goussainville- Autopsie d’un village au scalpel du temps.

Aux portes de Paris. Goussainville. Un nom qui fait rêver. Le cœur historique de ce village fut abandonné pour se déplacer à côté d’une gare. La construction de l’aéroport Charles de Gaulle et les va-et-vient incessants des avions ont porté un coup d’estocade à ce vieux bourg. Quelques résistants y demeurent toujours. D’autres y demeurent parce qu’ils savent qu’on ne les y délogera pas.

Le paysage s’offre au regard à travers la transparence de la ruine et le temps s’inscrit inexorablement sur les murs des maisons laissées aux caprices de la nature. La chair des murs dévoile peu à peu les entrailles des vieilles constructions. Leur architecture. La pensée du réalisateur et la maçonnerie de l’ouvrier. Un lien entre le passé et l’avenir se dessine sous les yeux ébahis des visiteurs. Un lien possible entre le présent et le futur… pour un seul visiteur rencontré.

Palimpseste sur façade. Paradis troublé pour cet ancien café. Faute d’entretien, l’histoire refait surface.

La nature trouve toujours un chemin. Ces plantes sortent d’un tombeau familial entrouvert.

Le paysage s’offre au regard à travers la transparence de la ruine. Cette nouvelle fenêtre sur le toit de cette chaumière, comme une plaie béante nous montre le sel de la terre.

Un retour à l’état de nature. L’intérieur et l’extérieur s’interpénètrent. Vision millénariste des projets de la vie.

Parchemin de pensées obscures. Texte en prose écrit comme des paroles, aucun auditeur. L’écriture comme passe-temps.

Dans leurs entrailles, les ruines sont toujours visitées. Lieux d’accueil d’hier, ces locaux continuent à l’être pour les plus téméraires.

Une cible criblée de balles dans un campement de fortune. L’imagination humaine n’a aucune limite pour rajouter au tragique.

Le squelette d’une toiture et les longues tiges d’une plante. La ruine fait face à l’église qui reste fièrement debout. Une monade du temps.

Et la lumière fut. Luminaire qui continue à jouer son rôle décoratif.

Une bibliothèque de tuiles. Au-dessus de l’ardoise, un élève tire la langue au visiteur dérouté par le trompe l’œil.

Les murs et les fenêtres suintent de rouge et de rouille animant les sentiments contradictoires si l’on observe la nature verdoyante.

Le temps s’inscrit sur les murs de ce salon qui semble avoir été cossu. On imagine le propriétaire des lieux assis sur ce siège un livre dans les mains. De nombreux fragments qui tombent. Le fragment est mémoire. Mais rien ici ne semble vouloir cicatriser.

L’architecture se dévoile comme un écorché de Vésale.

Une boîte aux lettres hors-d ’usage sur un mur qui semble avoir rouillé aussi.

Ce pourrait-il que les souvenirs de cette ville se trouvent ici?

Une rue aux maisons emmurées. Qu’était la vie dans ce village lorsque les parpaings étaient des portes?

Il est désormais inutile de reprocher aux anciens occupants leur manque manifeste de goût.

Quel étrange endroit pour une destination de voyage.

Sang mêlé les pinsons

Qui donc a ouvert cette cage sur ma terre arable,

A tourné une page et m’est tombé sur le râble,

A Dakar bwana m’a dit que j’ ai pas d’histoire,

A Lhassa, il me China : « Ne fais pas d’histoire ! »

Et de ma case je vois piller mes terres précieuses,

Et de mon chêne, ne reste plus que des pierres véreuses.

Pourtant ! Descendant du Beagle

Il s’était exclamé : Sang mêlé les Pinsons ! »

Voyant poindre nos petites gueules.

Qui donc a fermé la cage derrière Melilla,

Veut tourner la page sur le port de Ceuta

Par là le palier ne doit pas être dépassé,

Ci-gît doit commencer la fête des trépassés.

Et de ma barque je vois pointer un grand doigt niais

Et de ma tolle il m’a chassé sans bourse délier.

Pourtant ! Descendant du Beagle

Il s’était époumoné : « Sang mêlé les Pinsons »

Voyant poindre nos petites gueules.

Une belle toile mais pour laquelle il ne fallait pas s’en mêler les pinceaux.

EG

Sekou, fraîchement débarqué du Mali a traversé la Méditerranée sur un rafiot. Il regrette les pirogues de son pays. Dans les entrailles de cette ruine, il a trouvé un confort relatif et fait revivre les murs de cette maison. La ruine, figure hybride entre nature et artifice devient ici un abri sécurisant pour ce réfugié. Nous sommes à Goussainville. Pas loin de Paris. Loin de chez lui.

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